Notre histoire

​Érigé sur les vestiges de l’une des plus importantes usines textiles du siècle dernier, la Montreal Cotton Company, l’hôtel témoigne de l’héritage industriel qui a influencé la croissance de la ville de Salaberry-de-Valleyfield, en plus de jouer un rôle déterminant dans l’évolution des conditions de travail dans toute la province de Québec. L’architecture industrielle unique, les photos et autres objets historiques exposés dans nos murs témoignent de ce patrimoine historique.

L’industrie du coton est née de l’ingéniosité et des grands capitaux britanniques. Pendant longtemps, le coton est importé de Grande-Bretagne et des États-Unis. La Guerre de Sécession, chez nos voisins du sud, freine la production de coton et entraîne une frénésie de construction d’usines de textile au Canada, lesquelles favorisent la croissance rapide de l’industrie du coton au pays. Elles se concentrent au Nouveau-Brunswick, en Ontario et plus particulièrement au Québec où les conditions sont extrêmement favorables à l’industrie légère.

 

Page marquante de l’histoire de l’industrialisation du Québec, cette vague de construction commence dans les années 1870, en réaction à la hausse des droits de douane sur les produits textiles importés. Dix ans plus tard, les investisseurs réussissent par des ententes à favoriser la diversification de la production et ainsi limiter la surproduction. Mais la difficulté de maintenir ces accords force deux industriels montréalais à prendre le contrôle du textile. Ils achètent plusieurs usines. Andrew Frederick Gault et David Morrice disposent d’énormes ressources financières. C’est ainsi que la plupart des usines de textile se retrouvent dans un rayon de 160 kilomètres de Montréal. Leurs usines bénéficient d’une main-d’œuvre en abondance. La proximité des marchés et de l’accès au chemin de fer favorise la stabilité et la force de leurs entreprises jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale. Grâce à la protection tarifaire et l’injection de grands capitaux, l’industrie du textile devient l’une des plus grandes et des plus prospères au Canada. Le secteur du textile fournit du travail à des milliers de personnes particulièrement aux femmes et aux enfants. C’est dans ce contexte que s’implante la Montreal Cotton à Valleyfield. Surnommée Forteresse du Canada, cette usine de coton sera la plus grande au pays pendant près d’un siècle.

Les architectes conçoivent des bâtiments monumentaux, qui s’apparentent à la structure d’un château médiéval avec des tours crénelées et des ponts qu’on doit emprunter pour se rendre aux moulins. La première section de l’usine est complétée en mars 1877, la dernière section est terminée en 1898. De l’équipement à la fine pointe de la technologie est importé de la Grande-Bretagne et l’usine produit sa première pièce de tissu en mai de la même année.

 

Divers noms servent à identifier les filatures. La Old Montreal Mill est surnommée « La Vieille » par les employés parce que c’est la première à être érigée. Le bâtiment plus au sud devient la « South Mill », tandis que le bâtiment de « La Louise » porte ce nom en l’honneur de la fille de la reine Victoria. Le bâtiment « L’Empire », est un hommage à l’Angleterre. Enfin, le dernier bâtiment à être construit sera nommé « La Gault », en l’honneur d’Andrew F. Gault, un des fondateurs et le président de la compagnie.

 

De nombreux employés immigrants arrivent pour travailler à la Montreal Cotton de Valleyfield; ils proviennent principalement de l’Angleterre, de l’Écosse et de l’Irlande. Les filatures de coton ont vu le jour en Angleterre; de nombreuses techniques et machines y avaient été développées; on y avait aussi établi des écoles de métier. La compagnie recrute les anglophones des îles Britanniques parce qu’ils possèdent l’expérience et les qualités pour assurer la gestion et faire fonctionner les machines de l’usine. Les Canadiens français constituent pour leur part une bonne main-d’œuvre travaillante. Fait non négligeable, les investisseurs pratiquent le favoritisme culturel et confient les emplois de direction et ceux qui payent le mieux à leurs compatriotes.

Si tous les cadres ou presque sont anglophones et ne parlent que l’anglais, ce ne sont pas tous les anglophones qui sont cadres. Un certain nombre d’entre eux occupe des emplois dans les usines à titre de fileur, de tisserand ou de mécanicien. Toutefois, ils se mélangent rarement à la population francophone locale. Cette situation crée des tensions et quelquefois des confrontations entre les plus jeunes, mais en général chacun reste de son côté et s’ignore.

 

La langue de travail est fortement dominée par l’anglais que l’on tente de franciser. On incorpore directement dans le vocabulaire le nom des machines comme la « strapeuse » (machine qui ferme les boîtes de marchandises) ou encore l’action, telle « wivé » qui signifie « weave » ou « tisser ». On contracte des mots tels que « factory » (« factri »), « Empire » (« l’empy »), ou « Dominion Textile » (« Dompi ») pour parler du lieu de travail.

 

En ces débuts d’industrialisation, ce sont les filatures qui établissent les salaires et les horaires de travail. Pendant de nombreuses années, les enfants travaillent près de leurs parents et l’employé est formé « sur le tas ». Les travailleurs passent ensemble entre 8 et 12 heures par jour. À une certaine époque, c’est 50 % de la population de Salaberry-de-Valleyfield qui travaille à la Montreal Cotton.

Les industries lainières et cotonnières sont les premières au Canada à employer de jeunes femmes et des adolescents. Au Canada, ils occupent la plus grande proportion d’ouvriers dans l’industrie du textile. À la fin du 19e siècle, une loi interdit aux garçons de moins de 12 ans et aux filles de moins de 14 ans de travailler. Près de 20 % des salariés dans les filatures ont entre 12 et 24 ans. Plusieurs parents modifient les actes de naissance et profitent ainsi d’un salaire supplémentaire.

 

En plus d’endurer la chaleur, l’humidité et le bruit, les ouvriers gagnent beaucoup moins que les travailleurs des industries de l’imprimerie, de la chaussure et de la construction. À Montréal, au début du XXe siècle, un enfant gagne de 1,50 $ à 1,80 $ pour une semaine de 60 heures!

 

La production de coton à grande échelle nécessite une machinerie à la fine pointe de la technologie. Les machines exigeaient peu de force musculaire. Par conséquent, une grande proportion de femmes travaille dans le secteur du textile.

 

Elles travaillent sur certaines machines comme les machines à tisser, ou bien on leur confie certaines tâches qui exigent vitesse et dextérité. Jusque dans les années 1950, plus de la moitié des femmes qui travaillent dans les moulins sont célibataires et sont âgées de 20 à 34 ans.

La Montreal Cotton de Valleyfield investit très tôt dans les infrastructures culturelles de la ville par la mise en place de loisirs structurés. Elle fournit divers services à la population et marque l’urbanisation de la ville en créant un quartier complet avec ruelles et maisons qu’elle loue à ses employés. Ce quartier possède deux particularités intéressantes : il serait le premier quartier de compagnie à être érigé dans la province et il est caractérisé par son architecture et son tracé tout à fait nouveau dans le Québec de l’époque.

 

Les employeurs veulent que leurs ouvriers soient bien logés et que leurs enfants puissent avoir accès à une certaine éducation. Vers 1905, la compagnie a construit près de 200 maisons, donné des terrains sur lesquels s’élèvent des églises, une école, un cimetière et des espaces verts. Bien qu’elle ait été baptisée officiellement sous le nom de Bellerive, cette partie de la ville de Salaberry-de-Valleyfield est connue sous le nom de Quartier des Anglais : presque tous les anglophones qui travaillent à l’usine habitent ce quartier. Les infrastructures culturelles créées par l’entreprise, comme le Moco Club, sont majoritairement utilisées par les anglophones. Les travailleurs canadiens-français n’ont ni le temps ni les moyens d’en être membres.

 

Contenu provenant de Le MUSOValleyfield